Guy Sacre
Neuf Contes moraux
Guy Sacre
Neuf Contes moraux
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Description:
Soliloque : "parler seul". Mais parler seul est une illusion. Même pour le double, le "doppelgänger", que nous emmenons partout avec nous (pour l'éternité, hélas !), les mots en disent trop, et jamais assez ; la réflexion est annulée par la rencontre avec les fragments de miroir, les particules de conscience qui ont résisté à toutes les attaques de l'extérieur, pour céder ensuite à la ténacité de l'ennemi proche. Chanter seul, en revanche, a du sens. Les enfants le font, par exemple, en utilisant leur propre voix pour se réconforter et se rassurer lorsque le chagrin ou le désarroi s'avèrent trop lourds pour leur jeune vie. Le chant - et c'est là son intérêt - est toujours pur, sans images, sans pensées, qu'il s'agisse d'un cri ou d'un murmure. S'il traduit un état d'âme, il n'en énumère pas les circonstances ; c'est peut-être la seule forme de "communication" valable qui ne dérange pas les autres, rejette l'anecdote et laisse dans le lit du fleuve du Temps les vains scrupules, les "gravillons", les "cailloux pointus" de la vie quotidienne.
In solitudine cordis et secreto silentii, pour reprendre les mots de saint Bernard de Clervaux. Mais le silence a-t-il encore son secret et le cœur sa solitude, si l'un et l'autre sont transmis par des mots sur une page, voire par des notes sur une portée ? Ainsi le chant est apprivoisé, confiné, converti en signes, transformé en écriture. Or on n'écrit jamais pour soi seul, et celui qui prétend le faire, solitude ou pas, ne dit pas la vérité. Mais il reste, pour le temps qu'il a duré, la valeur spirituelle de l'exercice (je pense ici à Ignace, un saint qui m'est encore plus proche) et le bénéfice qu'il en retire dans nos vies consumées par le bruit et l'agitation.
Contes, Soliloques, Exercices : Ces trois ensembles, étalés sur une décennie, me semblent former une sorte de trilogie " morale ", ce qui explique qu'ils soient publiés ici ensemble. Mais les vingt-et-une pièces qu'ils contiennent ont leur équivalent un peu partout dans ma musique : dans un prélude, une chanson enfantine, un mouvement de sonatine ou de sérénade, etc. C'est une question de style, plus encore que d'humeur. Je me reconnais dans un langage qui refuse les timbres brillants et les figures virtuoses, et qui n'interroge l'instrument que dans l'attente d'une réponse fraternelle et réconfortante.
(traduction Mary Pardoe)
In solitudine cordis et secreto silentii, pour reprendre les mots de saint Bernard de Clervaux. Mais le silence a-t-il encore son secret et le cœur sa solitude, si l'un et l'autre sont transmis par des mots sur une page, voire par des notes sur une portée ? Ainsi le chant est apprivoisé, confiné, converti en signes, transformé en écriture. Or on n'écrit jamais pour soi seul, et celui qui prétend le faire, solitude ou pas, ne dit pas la vérité. Mais il reste, pour le temps qu'il a duré, la valeur spirituelle de l'exercice (je pense ici à Ignace, un saint qui m'est encore plus proche) et le bénéfice qu'il en retire dans nos vies consumées par le bruit et l'agitation.
Contes, Soliloques, Exercices : Ces trois ensembles, étalés sur une décennie, me semblent former une sorte de trilogie " morale ", ce qui explique qu'ils soient publiés ici ensemble. Mais les vingt-et-une pièces qu'ils contiennent ont leur équivalent un peu partout dans ma musique : dans un prélude, une chanson enfantine, un mouvement de sonatine ou de sérénade, etc. C'est une question de style, plus encore que d'humeur. Je me reconnais dans un langage qui refuse les timbres brillants et les figures virtuoses, et qui n'interroge l'instrument que dans l'attente d'une réponse fraternelle et réconfortante.
(traduction Mary Pardoe)