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Description:

  • Parution: 02.05.2008
  • Durée: 55:18
  • Poids: 110 g
  • Genre: Jazz
  • EAN: 750447342224
Le jazz européen est de plus en plus marqué par les trios de piano. Face à des figures telles qu'Esbjörn Svensson et Marcin Wasilewski, les trios de piano émergents ont de plus en plus de mal à se faire une place. Ce n'est pas le cas d'Anja Mohr, une jeune pianiste originaire de Hambourg. Lorsqu'elle a formé son trio avec Willi Hanne et Andreas Edelmann fin 2004, elle était loin de se douter qu'un véritable boom des trios de piano allait éclater. Elle s'est simplement laissée guider par son intuition et ne s'est pas découragée lorsque de nouveaux albums de trios ont commencé à inonder le marché au quotidien. Il ne faut pas beaucoup de temps pour entrer dans la musique avant de découvrir ici une approche particulière du concept de trio avec piano. Ce n'est pas seulement le fait qu'Anja Mohr allie d'une manière unique puissance physique et rêverie spirituelle. Le pouvoir de séduction de son jeu de piano découle d'une absence. Un manque de respect pour la tradition du jazz et d'ancrage dans celle-ci, ce qui lui ouvre de nouvelles voies. Bien que la pianiste soit tout sauf une révolutionnaire, le jazz semble se réinventer à travers son jeu. Elle raconte des histoires avec un tel naturel qu'on dirait qu'elle ouvre une grande porte de grange en plein hiver pour dévoiler une prairie de fleurs aux couleurs éclatantes. Ce sont bien sûr les reprises qui sautent aux yeux en premier. La manière dont Anja Mohr traite les classiques du jazz est provocante. Qu'elle s'attaque à « Afro Blue », associé à John Coltrane, à « Tutu » de Miles Davis ou au vieux tube pop « Georgy Porgy » de Toto, elle transcende les pratiques habituelles du jazz, où un morceau est soit disséqué puis réassemblé, soit simplement improvisé par les musiciens sur les changements d'accords. Elle considère le morceau dans son ensemble et le fait entendre d'une manière nouvelle, à travers son oreille. Elle-même appelle ce principe la « réharmonisation ». *Tutu* reste indéniablement *Tutu*, et pourtant, malgré tout le respect que l'on peut avoir pour Miles Davis, en écoutant le morceau, il est difficile d'imaginer qu'il ait jamais été joué autrement. Elle ignore avec assurance le risque d'être perçue comme arrogante face aux grands monuments de l'histoire du jazz. Elle considère chaque risque comme une opportunité. Si l'on peut établir des comparaisons, on pourrait peut-être évoquer une certaine affinité spirituelle avec le jeune Herbie Hancock. L'obsession d'Anja Mohr pour les mélodies accrocheuses et familières, les grooves qui roulent avec assurance, le tempérament impressionniste à la palette puissante et sa spiritualité dansante rappellent les albums de Hancock des années 1960. Mais cela remonte à plus de quarante ans. La pianiste hambourgeoise rompt avec tout ce qu'elle connaît. Anja Mohr possède un talent rare pour l'expression authentique et originelle. Son premier album est l'un des très rares exemples de musique qui ne nécessite aucun contexte pour être appréciée. Si des mauvaises langues venaient à dire qu'elle n'est pas du tout une musicienne de jazz au sens strict, puisqu'elle n'a pas suffisamment intériorisé la tradition, elle peut prendre cela comme un compliment pour son originalité créative. La musique d'Anja Mohr est impitoyable, dans le meilleur sens du terme. Elle remplace le canon des règles du jazz par sa propre intuition et son fardeau historique par un sens sûr de l'air du temps. Elle s'offre le luxe de la jeunesse, celui de jouer une musique d'aujourd'hui, même lorsqu'elle puise dans le passé. Elle laisse nonchalamment à la postérité le soin de décider si ses morceaux ont une validité universelle. La pianiste est arrivée au jazz par une voie détournée. À l'origine, elle chantait dans une chorale de gospel. Sa quête de la perfection vocale l'a conduite vers un professeur de jazz, qui l'a recommandée à un professeur de piano qui a éveillé son enthousiasme pour le jazz. Le cliché selon lequel le jazz serait la musique classique du XXe siècle n'a plus aucun sens pour elle. Le plaisir de la découverte dans le son immédiat est quelque chose qu'elle transmet à l'état pur à ses auditeurs. Une musicienne avide, pour qui le jazz recèle un immense territoire inexploré aux possibilités illimitées. Malgré son titre crépusculaire, l'album sonne comme un joyeux envol vers le bleu. Anja Mohr semble familière d'une manière troublante. Cette familiarité nouvelle est la marque de fabrique qui distingue son trio de tous les autres trios de piano jazz actuels.
Mots clés: Partitions jazz